📲 Les enseignants à l’ère de l’intelligence artificielle
- lovlab estudio creativo
- il y a 1 jour
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La technologie n’est plus un horizon lointain ; elle est devenue la voisine de la salle de classe. Elle oblige les enseignants à repenser leur rôle, à négocier entre le virtuel et l’humain, à reconnaître que la classe du XXIᵉ siècle peut être un territoire miné, parfois ingouvernable.
Au Chili, ce basculement a été brutal. Les écoles rurales manquent encore de connectivité de base, les inégalités d’accès entre les territoires persistent, et la formation des enseignants aux technologies numériques demeure marginale. Des données récentes indiquent qu’au cours des quinze dernières années, seuls 219 enseignants ont obtenu une spécialisation en éducation technologique dans le pays, un chiffre révélateur du retard structurel du système.
Opportunité : personnalisation et allègement de la charge enseignante
L’intelligence artificielle ouvre des perspectives prometteuses : adapter les contenus aux forces des élèves, automatiser les tâches répétitives et libérer du temps pour la conversation signifiante, le tutorat et la réflexion pédagogique.
À l’Université du Chili, des initiatives visent à développer la littératie en IA chez les enseignants afin d’ajuster les stratégies pédagogiques à partir de données prédictives. Cette démarche s’inscrit dans une culture institutionnelle qui place la formation continue au cœur de ses priorités, transformant les possibilités actuelles vers des classes plus créatives et efficaces et préparant, à plus long terme, une relation plus dynamique avec l’émergence accélérée des technologies intelligentes.
Des classes qui accompagnent les élèves, qui favorisent la créativité, le débat et la réflexion, apparaissent ainsi comme un horizon concret.

Risque : aliénation des enseignants et appauvrissement du lien
Lorsque la technologie s’impose sans médiation pédagogique, l’enseignant risque de devenir un simple opérateur d’écrans plutôt qu’un médiateur du sens. Parmi les dangers les plus préoccupants :
Que les élèves s’en remettent à l’algorithme pour penser, au lieu de questionner.
Que l’évaluation automatisée supplante le jugement pédagogique.
Que les écarts se creusent entre ceux qui disposent de ressources technologiques et ceux qui en sont privés. L’UNICEF a averti que la numérisation sans réduction des inégalités d’accès ne fait que renforcer les disparités.
Que les enseignants perçoivent leur rôle comme superflu : plusieurs études montrent déjà que beaucoup considèrent l’IA comme une menace plutôt que comme un allié.
Stratégies pour apprivoiser la technologie en classe
Formation continue et culture numérique
Distribuer des équipements ne suffit pas. Les enseignants doivent être formés non seulement comme utilisateurs, mais comme analystes critiques de la technologie. Au Chili, des diplômes et formations spécialisées en intégration de l’IA dans l’enseignement commencent à se développer, bien que de manière encore limitée.
Un modèle d’adoption progressive et réfléchie
Le modèle RAT (Remplacement, Amplification, Transformation) propose une intégration graduelle des technologies. Il ne s’agit pas de transformer immédiatement la classe, mais de se demander quand et comment la technologie apporte une réelle valeur pédagogique.
Le leadership scolaire comme moteur du changement
Les équipes de direction doivent disposer d’une vision numérique, de compétences pédagogiques et d’un esprit d’innovation. Les recherches montrent que les établissements qui réussissent l’intégration des technologies éducatives partagent un leadership engagé et fédérateur.
Des politiques publiques avec un soutien réel
Un investissement soutenu en connectivité, en équipements, en maintenance et en support technique est indispensable, ainsi que des incitations pour éviter que les écoles situées dans des zones isolées ne soient laissées pour compte.
Chili, écran en avant : ce qui peut être transformé
Des méthodologies telles que la classe inversée (flipped classroom) permettent de consacrer le temps en présentiel au débat, à l’expérimentation et au tutorat, tandis que les contenus théoriques sont abordés à domicile à l’aide de plateformes numériques.
L’évaluation formative peut être enrichie par des données issues de systèmes qui suivent la progression des élèves, à condition que le jugement professionnel de l’enseignant ne soit pas relégué au second plan.
Dans un avenir proche, la régulation de l’usage des modèles de langage — tels que ChatGPT et autres LLM — dans l’évaluation deviendra incontournable : comment les intégrer sans dépendance, comment garantir l’éthique, l’originalité et la transparence ? Des études récentes alertent sur les risques de biais, d’opacité et d’atteintes à la vie privée dans leur application éducative.
La salle de classe est aujourd’hui devenue un champ de bataille symbolique : entre ceux qui pensent que la technologie sauvera l’éducation et ceux qui craignent qu’elle ne la transforme en simulacre. Il ne s’agit ni de technophobie ni de technophilie, mais d’exercer un discernement profondément humain.
Les enseignants ne peuvent être relégués passivement. Ils doivent reconquérir leur place de médiateurs du sens. Si le Chili aspire à un système éducatif doté d’une âme, il doit reconnaître que la technologie n’est pas neutre et que son intégration engage des choix éthiques, formatifs et culturels.
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